Il m’arrive de me demander pourquoi les happy end des films américains réussissent toujours à me faire sourire et à me surprendre, non pas qu’une amnésie soudaine me fasse oublier la rencontre, l’obstacle et les retrouvailles tendres avec un fond de teint parfaitement hâlé sur les peaux des acteurs principaux qui se répètent, ni d’ailleurs qu’une faiblesse momentanée joue sur ma capacité à distinguer fiction de réalité, ou peut être que si, peut être que ces intrigues si peu recherchées jouent tout simplement sur notre capacité à espérer. Lorsque nous regardons la joie (feinte) d’un amour pour toujours dans les yeux d’une blonde pulpeuse nous voyons l’espoir que cet amour pour toujours si évident après cinq rendez-vous parfaitement cadrés entre deux individus qui se sont rencontrés par pur hasard puisse un jour se voir dans nos yeux. Ces yeux qui prennent le métro, à l’affût du prince charmant qui vous rentre dedans sans vous écraser et vous sourit affectueusement, qui guettent un profil exemplaire sur Meetic avec une photo correspondant aux qualités si modestement évoquées, ces yeux qui interrogent celui à qui vous laisserez votre numéro en robe moulante en espérant qu’il veuille bien de la crasseuse en jogging du dimanche après-midi pluvieux, ou encore ces yeux qui, déçus après un salop qui se cachera derrière de fausses excuses, chercheront de l’espoir dans ces films souvent niais. Mais alors pourquoi, tout en étant consciente de la différence entre la complexité des relations amoureuses et la simplicité de ces scénarios, je finis toujours par sourire à ces compliments cent fois répétés, à ces hasards attendus, à ces soirées romantiques complètement surréalistes, pourquoi ? La vision de dizaine de ces films en une après-midi ne m’a pas donné la réponse, certes un petit agacement survient lorsque la réplique sur le bout des lèvres j’arrive à inventer la suite, elle foire tout, il lui en veut, il s’en va, elle souffre, règle tout, et lui revient, juste là quand elle a réussi à réparer toutes ses erreurs en une journée, comme si la télépathie de sa réussite éclaire avait fonctionné, ici dans la vraie vie la télépathie apparaitrait plus sous la forme d’un iPhone, ou d’un Blackberry qui nous servent à gérer des vies débordées par l’ennui. Mais peu importe la forme que cette télépathie qui les fait se retrouver prend, car ce qui me palpite c’est de croire que le destin va rendre possible cette télépathie. Certes dans les happy end le destin fait bien les choses, trop bien me direz-vous, et je ne vous contredirai pas, mais est-ce que ce n’est pas l’espoir de chacun d’entre nous, ce moment où, à peine réveillé la limite entre la fiction et la réalité est si mince, que l’on aime à croire qu’elle puisse se confondre, cet espoir vous a un jour appartenu, à chacun d’entre vous. Pour certains il n’a pas dépassé l’enfance et l’espoir que la sorcière ne réussira pas à séparer le prince charmant de la princesse endormie, mais pour d’autres, comme moi, cet espoir est encore là, ni les épreuves, ni les décès, ni les ruptures, ni les méchancetés, ni les critiques, ni la haine ne me feront perdre cet espoir d’enfant. Mais la seule chose qui m’intrigue c’est la raison pour laquelle ces films sont si populaires aux Etats-Unis et si méprisés en France, pourquoi méprisons-nous ceux qui espèrent encore ? Par jalousie peut être, nous nous sentons supérieurs à l’espoir, nous n’en avons pas besoin mais ce mépris pour l’espoir ne nous mène-t-il pas tout droit à notre perte ?

"-Pourquoi me regardes-tu de ces yeux noirs, pourquoi me fixes-tu dans l'obscurité?